01.07.2009
la princesse lune___par Bibou et Oursinette
Chère Titania,
J’espère que cette lettre désespérée vous parviendra par un moyen magique ou non. Vous connaissez l’horrible mésaventure qui m’est arrivée après que je sois revenue de cette merveilleuse excursion sur la Terre, votre patrie d’origine. L’ extraordinaire nuit du solstice d’été dans la majestueuse forêt d’Anlier, à laquelle vous m’avez permis d’assister, était mon dernier moment de bonheur parfait. Depuis, je n’arrête pas de pleurer ! Jamais, je n’aurais pu me douter que cet horrible Migaton, ce vers immonde, ce prince fallot de la face lunaire cachée allait oser envoyer ses sbires ignobles pour m’enlever en plein milieu de mon palais de Lune. Et pendant mon sommeil en plus…. J’imagine la douleur de mon pauvre cher Papa, le Roi Zébulon, la tristesse de Bételgeuse ma Nounou et votre inquiétude à vous, les fées, mes chères et tendres marraines.
Pour me donner du courage, je me raconte sans cesse votre belle histoire et je me console en me rappelant tout ce qui vous est arrivé au cours des siècles. Pendant de longues années, vous avez vécu, heureuses, épanouies et sereines, au sein des profondes forêts terrestres et, plus particulièrement, au cœur des sombres et belles forêts d’Ardenne dans un charmant petit royaume qui s’appelait Belgique. Vous y avez partagé le merveilleux avec vos amis les Nutons et les habitants de ces belles provinces vous respectaient et vous aimaient, en se racontant maintes légendes dont vous avez été les héroïnes adorées. Chaque année, la nuit du 21 juin, c’est-à-dire au solstice d’été, vous vous réunissiez pour une grande fête magique qui durait jusqu’au matin. Vous chantiez, vous dansiez, vous réalisiez des tours de magie et le monde des esprits bénéfiques était plein de joie et de bonheur. Et puis, sont arrivés l’un après l’autre, les politiciens belges, l’Internet avec ou sans fil, les téléphones fixes ou mobiles, la télévision privée ou publique et toute cette technologie et ce soi-disant progrès a fait partir votre beau monde en quenouille. Ne vous étaient restés fidèles que les tout jeunes enfants et les fous. On vous dénigrait, on niait votre existence et vos pouvoirs, à peine si on ne vous assimilait pas aux sorcières. Vous ne vous sentiez plus à votre place au milieu de toutes ces antennes, ces ondes de tous genres, ces avions, ces motos, ces touristes idiots qui envahissaient votre univers. Vous avez alors décidé de vous enfuir vers la Lune. Cette belle et chère Lune dans laquelle nous, les Sélénites, nous vivions depuis la nuit des temps, mais cela personne ne l’aurait deviné. Car nous vivions dans la Lune et pas dessus, bien entendu, puisqu’à la surface il n’y a rien. Mon père le Roi du royaume de la Face Visible, vous y a accueillies les bras ouverts. Tous les Sélénites étaient ravis de vous avoir avec eux, sauf, l’horrible Migaton, le Prince de la Face Cachée. Ce misérable voulait ma main pour pouvoir accéder à l’aristocratie suprême en m’épousant. Vous savez combien ce mariage me répugnait, combien ses harcèlements incessants et grotesques m’importunaient, combien je trouvais débiles les messages qu’il ne cessait de m’envoyer. J’en devins toute morose et, pour me changer les idées, vous m’avez prise avec vous ce 21 juin pour votre escapade annuelle en forêt d’Anlier. Oh, quel bonheur cela a été pour moi ! Quelle joie de découvrir votre magnifique planète d’origine ! L’odeur de la forêt, la douceur de l’herbe, le chant des oiseaux… toutes choses nouvelles pour moi. Je rougis un peu à vous raconter la suite mais vous la connaissez, je ne vous apprendrai rien. Je ne puis que vous dire que j’ai été étonnée, ravie, subjuguée par ma rencontre fortuite avec Yannick. Ce cher Yannick était tombé en panne dans la forêt en allant livrer du matériel informatique dans les villages environnants. Ben oui, même les paysans perdus au fin fond des campagnes ont aujourd’hui besoin d’un ordinateur.
J’ai rencontré Yannick par hasard, en me promenant au milieu des sombres sapins et, notre première surprise passée, nous avons tout de suite sympathisé. Nous avons beaucoup parlé et il n’a même pas été troublé par mon histoire. « Tu sais », m’a-t-il dit, « chez nous, en Belgique, le surnaturel est devenu tout à fait habituel. Si le pays fonctionne encore malgré tout, c’est bien parce qu’il y a de la magie derrière ». Il m’a pris la main et m’a emmenée voir la région. Oh, les beaux villages endormis sous la lumière argentée de mon astre natal, cette Lune, soudain si lointaine et qui, pourtant ne me manquait pas du tout en cet instant ! La maman de Yannick lui avait préparé un panier pique-nique, plein de délicieuses spécialités du terroir que nous avons dégustées au milieu d’une clairière. J’ai trouvé cela délicieux: le pâté ardennais, les sanglochons, le sirop de Liège…. J’en rêve encore. La nuit passa comme un éclair (disons plutôt comme un soupir de mon cœur tout chamboulé par ce charmant jeune homme). Yannick m’a beaucoup parlé de lui : comment son arrière-arrière-grand-père avait dû quitter sa Flandre natale, région à l’époque pauvre et affamée pour venir chercher à gagner son pain en Wallonie. Il devint d’abord bûcheron, puis exploitant forestier. « Avez-vous des sapins de Noël sur la Lune » ? me demanda-t-il en plongeant ses yeux d’un bleu profond dans les miens. Mon cœur chavira instantanément. « Des sapins de Noël, non, mais grâce à l’Internet intergalactique, je peux voir les magnifiques décorations de fin d’année qui illuminent les villes terrestres. C’est merveilleux ». « Et bien », ajouta Yannick, « mon père fournit celui qui illumine la Grand-Place de Bruxelles ». Je n’avais jamais entendu parler de Bruxelles. « C’est la capitale de toute l’Europe », m’expliqua Yannick. Une ville bizarre, bien à l’image de la Belgique d’ailleurs, avec plein de personnes d’origines les plus diverses et dans laquelle on parle 150 langues différentes ! Je mourais d’envie de visiter cette ville fabuleuse et Yannick m’a promis de m’y emmener un jour. Lorsqu’apparut le premier rayon de clarté, j’ai, soudain, réalisé que je ne pourrai pas rester sur cette belle planète bleue. Chère Titania, combien de fois ne m’avez-vous pas mise en garde et expliqué que, dès le premier rayon de soleil, je devais retourner chez moi, sur – ou plutôt – dans la Lune. C’était la condition à laquelle vous m’avez emmenée sur la Terre. Si je ne respectais pas cette consigne absolue, je ne pourrais plus jamais retourner auprès de mon cher Papa ! Aujourd’hui, quand j’y repense, je me dis que j’aurais mieux fait de ne pas revenir ici. Si j’étais restée en Belgique avec Yannick, je ne serais pas la malheureuse prisonnière de l’ignoble, l’exécrable, l’immonde Migaton. Si vous saviez comme ma détention est pénible ! Il ne me permet rien : ni musique, ni internet intergalactique, ni textos…. C’est à peine s’il me nourrit, le misérable. Il croit sans doute que c’est ainsi qu’il parviendra à me faire céder. Mais moi, je vous jure que je ne l’épouserai jamais. Je préfère mourir, me donner la mort d’une façon ou d’une autre ! Dites à ma chère Bételgeuse, ma chère Nounou et Dame de compagnie, qu’elle me manque beaucoup. Je voudrais plonger ma tête dans son cou et pleurer comme quand j’étais petite. Vous pouvez vous imaginer ma frayeur lorsque, la première nuit après mon retour, alors que je dormais tranquillement, la porte de ma chambre fut fracassée à grands coups de fusils laser et que cette sombre crapule de Migaton fit irruption, entouré de ses sbires. L’horreur me saisit. Il était horrible : gros, gras, les yeux globuleux et la bave lui coulait des lèvres ! Je poussai de terribles cris mais Migaton me nargua et me dit « Vous serez ma femme et j’accéderai ainsi à la haute noblesse Sélénite. Vous croyez que je ne sais pas ce qui s’est passé sur cette boule bleue que vos amies appelent Terre ? Je sais très bien que vous y avez passé la nuit avec une de ces misérables créatures qui se disent humains. Et avec un Belge en plus ! C’est vraiment vous déconsidérer. Un Belge de Belgique ! Mais il y a longtemps que ce royaume a perdu toute notoriété et toute gloire universelle ! Vous croyez que ce misérable vendeur d’ordinateurs pourra vous offrir une vie digne de votre rang ? Avec la crise économique qu’ils subissent ! Ha, ha, ha, vous serez pauvres et misérables tous les deux. Moi, je peux vous offrir un avenir de véritable princesse, grâce à tout l’or que j’ai emmagasiné et dont j’ai soigneusement placé les revenus dans des banques intergalactiques dignes de confiance, elles. » Je le regardai avec mon plus immense mépris et voulus lui cracher à la figure mais ses sbires me nouèrent les poignets et m’emportèrent dans son misérable trou.
Mes marraines adorées, je vous en conjure et vous en supplie, réunissez tous vos pouvoirs magiques et aidez-moi car je ne peux pas rester ici !
Votre triste et désespérée Anathéande
A la lecture de cette missive, les fées, terrifiées, se jetèrent sur leur ordinateur à la recherche d’un preux chevalier, ou de toute autre aide, qui pourrait venir au secours d’Anathéande et la sortir des griffes de Migaton.
Elles ne trouvèrent que des articles sur les querelles des politiciens: formation de coalitions, postes ministériels, pluri-casquettes, etc. Heureusement, après avoir consulté 380 pages de Multipédia, elles finirent par trouver le récit suivant :
« En l’an 1320, le Baron Sébron a enlevé Dame Astrid, seule héritière du Comté de Bouillon dans le but de la forcer au mariage ce, afin d’accéder, par le lien du sang aristocrate, au trône. Notre bon Sire, se battant contre la maladie, ne put faire quoi que ce soit. Cet enlèvement sembla laisser tout le monde de glace. Le preux chevalier Jehan décida d’agir. Il leva un bataillon d’une vingtaine de gueux pour venir en aide à la Noble Dame Astrid. La stratégie déployée par le chevalier Jehan était aisée : l’emploi du Goedendag ; arme simple, économique et très redoutée. Depuis quelques années, le chevalier Jehan avait remporté de nombreuses batailles à l’aide de cet épieu capable de bloquer une armure comme de couper l’aorte d’un adversaire avec beaucoup de précision. Il munit chacun de ses comparses de cette arme ainsi que d’une étoile du matin. Le bataillon ne mit qu’une semaine pour retrouver la trace du vil Comte Sébron. Ils le trouvèrent caché dans la forêt d’Anlier, dans les souterrains d’un château qui avait été détruit par une bande de malfrats revenant de la bataille des Eperons d’or. Leur rage contre Sébron et leur maîtrise du Goedendag ne firent qu’une bouchée du Comte et ses sbires et, très vite, celui-ci fut ramené à la Cour pour entendre sa sentence.
Notre bonne Dame Astrid récompensa le Chevalier Jehan en l’honorant du titre de « Chevalier Jehan Au Beau Cœur » et notre bon Sire lui offrit la main de sa fille, assurant ainsi une gouvernance loyale et pieuse à son territoire.
Longtemps encore après cette épopée, on parla du Chevalier Au Beau Cœur et de la belle Dame Astrid. La stratégie du Goedendag se répandit très vite dans ces régions et devint l’arme par excellence jusqu’au XVème siècle. »
Extrait des archives du Royaume :
Manuscrit conservé à la Réserve
Précieuse de l’Université Libre de Bruxelles
« C’est cet homme qu’il nous faut » s’exclama l’une des fées après la lecture de cet extrait. La plus sage des fées lui répondit : « Les humains ne sont pas comme nous, le temps qui passe a une conséquence néfaste sur leur santé, ils meurent beaucoup plus jeune que nous… Rares sont ceux qui arrivent à l’âge de 500 ans alors que, pour nous, 100 ans c’est l’âge de l’adolescence. Ce Chevalier doit être mort à l’heure qu’il est ! ». Un murmure de découragement et de désespoir passa dans l’assemblée des fées ; puis, timidement, Bételgeuse demanda : « Mais ne pouvons-nous pas trouver son descendant ? »
Titania, qui, jusqu’à présent, était restée d’un silence de marbre, se dressa doucement et parla : « Voilà qui est une bonne idée ma douce amie ! Je sais que la disparition d’Anathéande t’attriste fortement et que tu feras tout ce qu’il t’est possible pour la sauver. C’est pourquoi, je te charge de retrouver l’héritier de ce Chevalier Au Bon Cœur et de l’escorter jusqu’à Migaton. C’est un humain, il faudra donc user de beaucoup de pouvoirs magiques pour qu’il puisse achever sa destinée. Je veux être tenue au courant de l’avancement de cette mission aussi souvent que tu le peux. Va, je te fais confiance, tu es digne d’un tel honneur. »
Bételgeuse ne perdit pas de temps, elle choisit cinq fées pour l’accompagner pendant ce périple, en envoya quatre préparer leurs affaires et avec celle qui restait, elle entreprit de retrouver le descendant de Jehan.
A leur grande stupéfaction, leurs recherches les amenèrent à Yannick Schoonhart, celui-là même qui avait fait tourner le coeur d’Anathéande à la Grande Fête du Solstice d’été. Bételgeuse en resta songeuse. Elle avait aperçu Yannick à la Grande Fête et n’avait rien lu de preux dans ses yeux. Elle espéra du plus profond de son âme que l’amour de Yannick pour Anathéande suffirait pour le transformer en chevalier.
Elles partirent à la tombée de la nuit et arrivèrent sur +Terre par le chemin des Anciens. Un talisman de dévouement à leur princesse a suffi à les amener directement au milieu du cercle de vie de la forêt d’Anlier. Ce cercle avait été construit par ses ancêtres, à la nuit des temps. Son emplacement représentait l’endroit où toute vie existante dans la forêt prenait sa source d’énergie pour naître. La coutume voulait que les reines y accouchent pour que l’enfant, appelé à règner, soit protégé par cette magie.
Bételgeuse avait choisi cet endroit pour plusieurs raisons : c’était ici que sa propre magie avait pris vie, l’Auberge des Sanglochons était très proche et l’esprit de Jehan flottait encore dans les arbres. L’endroit parfait pour ce qu’elle avait planifié. Elle utiliserait l’auberge pour les héberger et trouver Yannick. La proximité du cercle amplifiera sa magie et l’âme de Jehan pour augmenter le courage de Yannick. La magie qui règne dans ces lieux est forte et très ancienne. Bételgueuse le sentait et cela la rassurait. La troupe se dirigea vers l’auberge pour y passer la nuit.
Ma Reine,
Nous sommes bien arrivées à l’Auberge des Sanglochons comme prévu. Les tenanciers sont fort bavard et nous savons déjà que dans deux jours, Yannick passera ici les voir. Nous ne souffrons d’aucun problème d’accoutumance car nous avons pris les aubergistes en affection. La crise les a beaucoup affectés et leurs clients se font de plus en plus rares. Mes compagnes n’ont pas supporté la tristesse de leur histoire et leur ont offert leurs verroteries qui, ici, semblent suffire pour manger pendant une année entière ! Madame la Tenancière nous gâte de mets délicieux et essaie même d’adapter ses recettes à notre culture en incluant des plantes et des fleurs dans les assaisonnements.
J’ai bien senti la présence de l’Ancien monde et vous assure de bons présages dans ma prochaine missive.
Votre fidèle et devouée Bételgueuse
La semaine passa vite. Les fées passaient leur temps à écouter les légendes des aubergistes et Bételgueuse partait chaque jour dans la forêt pour s’imprégner de la magie, pour comprendre les forces qui l’entouraient. Le vendredi, date d’arrivée de Yannick, les fées s’affolèrent dans la maison. Pourtant, elles savaient toutes que la tenancière connaissait bien Yannick et qu’elle avait promis à Bételgeuse de plaider en sa faveur pour qu’il les aide. A la vue de cette agitation, Bételgeuse comprit soudain la peur qui tiraillait ses compagnes : c’était une chose de convaincre Yannick de les aider mais c’en était une autre de le convaincre de venir dans la Lune...
Que dirait-elle ? Trouverait-elle les mots justes ? Les doutes commençaient à la ronger. Elle se tapit dans un coin près du bar jusqu’à la venue de Yannick. Elle l’épia pendant un long moment. Il n’était pas exactement comme elle s’en souvenait... Il n’avait rien de particulier dans ses traits mais son aura dégageait quelque chose de spécial... comme un sentiment de bien-être et de sécurité. Bien que ses yeux ne reflétaient rien de spécial, ils étaient d’un bleu royal cerclé de taches vertes comme des toutes petites feuilles. Elle entendit soudain la voix de la tenancière la présenter à Yannick. D’un geste simple, Bételgeuse l’invita à s’asseoir à sa table ; ce qu’il fit. Elle lui expliqua tout, sans même s’arrêter pour respirer et ne se tut que lorsqu’elle lui eût tout expliqué. Accepterait-il de les aider. Pendant toutes ces explications, elle ne l’avait pas quitté des yeux mais aucune émotion n’y avait passé. « Ce que tu me narres, là n’est pas simple à admettre ! Anathéande ne m’a jamais parlé de Face Cachée de la Lune et encore moins d’un terrible vilain du nom de Migaton ! Cette magie que tu veux m’imputer, me changera-t-elle ? Serai-je le même homme ? Mes enfants naîtront-ils avec cette magie ? »
« Si tu le souhaites, je peux te l’enlever après que tout cet enfer soit fini. Ou tu pourras la garder. Mais dans ce dernier cas, tes enfants la porteront en eux, même s’ils ne savent pas comment l’utiliser » répondit Bételgeuse.
D’un ton hésitant et en la fixant des yeux, il lui demanda : « Penses-tu vraiment que je puisse battre Migaton ? »
Bételgeuse réfléchit quelques secondes puis répondit : « En attendant ta venue, je suis allée dans la forêt et j’ai senti ses forces. Le pouvoir qu’elle va te donner est bien plus grand que celui de Migaton. De plus, tu hériteras des talents de guerrier de ton ancêtre Jehan. Nous ne t’avons pas choisi par hasard. Notre Reine elle-même pense que tu es le seul à pouvoir le vaincre et je n’ai jamais vu la Reine se tromper ».
Il acquiesça et leva son bras vers la tenancière. Elle lui apporta un verre rempli d’un liquide brunâtre qu’il but d’un trait, puis il regarda fixement Bételgeuse et finit par accepter cette aventure. La nuit même, Yannick et les six fées entrèrent dans la forêt. La compagnie arriva au cercle de vie. Bételgeuse guida Yannick au centre, et les fées se disposèrent en rond sur les pierres, en se tenant les mains. Bételgeuse invoqua l’esprit de la forêt et appela ensuite l’âme de Jehan. Soudain, un pieu apparut aux pieds de Yannick et une poudre lumineuse s’envola du cercle. Le vent souffla longtemps, puis la forêt devint silencieuse. Bételgueuse regarda Yannick : ses yeux avaient changés, il avait maintenant le regard dur et preux. Sa destinée l’attendait.
Ma Reine,
Tout se passe comme prévu. Yannick a, en lui, la force et la résistance du Chevalier Jehan en plus de cette arme dont parlait l’extrait que nous avons lu : le Goedendag. Je sais que ce n’est pas Excalibur, c’est même plutôt grossier et simpliste dans sa conception mais la magie de la vie y est grande et bien plus ancienne que ce que nous pensions. Ma Reine, je n’éprouve aucun doute sur Yannick et vous verrai bientôt. Nous partons dans la Lune cette nuit.
Votre dévouée Bételgueuse
Quand ils arrivèrent aux portes des souterrains de la Face Cachée, ils guettèrent le va-et-vient des gardes et attendirent le bon moment pour passer à l’attaque. Yannick, mû d’une rage folle, fonça sur la garde balayant les adversaires d’un revers du Goedendag. Son désir de sauver Anathéande avait amplifié le pouvoir conféré à son arme qui parvint même à neutraliser ses ennemis. Plus personne ne lui résistait ! Les fées n’avaient plus qu’à lui montrer le chemin. Migaton s’était réfugié dans la Salle d’Armurerie, avec derrière, lui une vingtaine d’hommes qui gardaient l’entrée du donjon d’Anathéande. Quand Yannick arriva à l’Armurerie, Migaton s’était auto-protégé d’une bulle invisible. Les ondes magiques de Yannick, plus fortes parce que plus anciennes, l’annihilèrent. La bulle devenait déjà verdâtre. Migaton affalé s’écria: « C’est cet humain que vous m’apportez comme ennemi à occire ? Vous ne déjouerez jamais mes plans ! Je posséderai la Face Visible, sa Princesse et ses richesse et j’anéantirai ... ». D’un geste vif, Yannick le pétrifia. Il passa à côté de lui, un sourire narquois aux lèvres et lui souffla : « Je m’occuperai de toi plus tard. Tu n’es que secondaire pour moi, vil scélérat ! ». Puis, il se tourna vers les gardes terrassés et hurla : « GOEDENDAAAAAAAAAAG » en fonçant sur ses ennemis.
Ainsi se termina l’aventure de Yannick Schoonhart dans la Lune, 40 ans après que l’Homme y eût posé le pied. Migaton fut ramené au palais du Roi Zébulon qui lui ôta ses pouvoirs puis le condamna à vivre sur Mars à tout jamais. Yannick décida de ne pas renoncer à son pouvoir mais demanda quand même qu’il soit atténué car il avait remarqué l’assèchement de son coeur à chaque ennemi vaincu et la rage qui ne se calmait pas ; cela ne lui plaisait guère.
Titania le comprit et réduisit ses pouvoirs à une magie quotidienne. Anathéande s’avança ensuite vers elle et lui dit : « Avec votre accord, ma Reine, j’aurais voulu vous demander si je pouvais repartir sur Terre avec Yannick... pour y rester définitivement. »
Chères Marraines,
Je ne vous remercierai jamais assez d’avoir permis à Yannick de me libérer des griffes de Migaton.
Yannick et moi sommes à présent installés dans un charmant village de la province du Luxembourg belge. Nous voulons nous marier mais cela est très compliqué car je ne puis fournir tous les papiers bizarres que l’administration exige. Pour l’instant, je suis donc considérée comme une sans-papiers, ce qui n’est pas toujours facile à vivre. Heureusement, Yannick est adorable et son amour me comble de bonheur. Si l’administration continue à nous harceler à propos de mes attestations, certificats, papiers et de mon autorisation de séjour, Yannick me dit qu’il pourra utiliser certains des pouvoirs magiques que vous lui avez octroyés. Qui sait…… En Belgique, tout est possible. C’est un pays à la fois merveilleux et bizarre mais, pour rien au monde je ne voudrais le quitter.
Je vous enverrai à l’occasion quelques spécialités du terroir que vous pourrez partager avec Bételgeuse et mon cher Papa. Embrassez-les bien pour moi et à l’année prochaine, au solstice d’été, dans la forêt d’Anlier ! Cette magnifique forêt au sein de ce qui fut (et peut être sera encore toujours) la Belgique…
Votre bien affectueuse Anathéande.
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Commentaires
Je voudrais aussi recevoir si belles lettres.
Ecrit par : Aveneil. phone card | 23.02.2010
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