30.06.2009
Un jour les voisins_____Par TBUNE
Un jour, les ennemis se dirent qu’ils ne pouvaient plus se taper dessus juste pour un mot prononcé de travers ou pour une idée expansionniste. Ce n’est pas qu’ils n’aimaient pas se rentrer dans le lard, c’est que cela finissait par coûter assez cher et que la paix n’était jamais assez longue pour renflouer les caisses. Il faut dire aussi qu’ils se découvraient assez d’ennemis à l’intérieur de leur domaine et manquaient donc de temps pour s’occuper de leur frontière.
Sitôt pensé, sitôt exécuté. La Belgique, qui se débattait pour sortir du giron, naquit, plat pays vierge de tout gène. Sur son territoire fut déposé un monarque qui baragouina au peuple quelques mots dans la langue qu’il comprenait mais que nul n’entendait.
La Belgique put faire illusion pendant près d’un siècle. Elle prospéra, enfuma, se faisant connaître par son côté sombre qui se décline en trois tonalités sur son drapeau. Noir d’ébène, la zone d’ombre dont on extrayait le charbon faisant germer les terrils. Jaune flamboyant, la zone de soleil où l’on exploita les richesses, métaux rares, matières premières, diamants espérés éternels. Rouge sans état d’âme, la zone limite où le sang fut au rendez-vous.
Elle se mit à croire à l’art nouveau, y puisa un genre qui la fit connaître au monde sous un autre jour. Certains architectes déposèrent leurs fleurs de fer, de verre ou de bois dans la cité, fleurs qui fleurirent et dont les semences passèrent les frontières et y germèrent.
1914, la guerre la rattrapa et faillit remettre en question sa naissance. Fort heureusement, ou bien malencontreusement, personne ne s’en rendit compte et elle pu survivre, cachée derrière un repli de l’Yser.
Les feux d’artifice de l’entre deux guerres ne suffirent pas à distraire les ennemis d’antan. Ils recommencèrent une nouvelle fois à se taper dessus. De nouveau, le bruit des bottes. La créativité sans borne se fixa dans la confection d’erzatzs destinés à survivre : charbon de bois pour se mouvoir, princesse de bon aloi, marché noir.
La guerre encore une fois se termina. Des idées continuèrent à fuser pour empêcher que cela ne recommence et donnèrent un nouveau sens au plat pays : La Belgique doit devenir un carrefour. A défaut de matière à exploiter, réglementons la matière. Charbon acier atome. Groupons-nous. Annexons les voisins querelleurs.
Cela rapporta gros, attira dans le piège les voisins non convaincus et leurs voisins. Ajoutons l’herbe, la viande et les poissons. Devisons et changeons de devise. Montons sur l’écu, tombons dessus. Reprenons du poil et bornons nous à célébrer la mort du serpent. Vive l’euro !
Les voisins semblent calmés. L’ennemi, l’envahisseur a perdu l’intérêt de traverser sauvagement ce plat pays. Il n’en a plus besoin pour se rêver empereur. Tours encastrées, suspicion de complot ou de bombe atomique, montages financiers via des pays d’accueil ou simplement démoniaquement complexes, les terrains à envahir sont nombreux et visuellement plus porteurs.
Le plat pays, lui, bouillonne. Il faut s’identifier, sortir du non dit. Se séparer, ne voir l’herbe que dans son jardin, pour être assuré de la trouver plus verte.
Les hommes et les femmes du pays sentent bien que quelque chose remue dans le placard, qu’un cadavre décomposé explose ses miasmes. Ce qu’ils ne peuvent comprendre c’est la longévité de l’éruption, ce qui la nourrit génération après génération. C’est un peu comme un éternel recommencement au lieu du passage initiatique vécu à travers la douleur des premières dents, les genoux écorchés lors des chutes à vélo, la poussée d’acné à l’adolescence qui vient fleurir les remises en question et les doutes, les trompes la mort dans les risques pris sur la route ou dans les rencontres, les crises de la quarantaine, les démons, les cancers, l’Alzheimer. A chaque fois, le fleuve tranquille sort de son lit, parfois il le rejoint, d’autres fois, non.
Est-ce donc une maladie de jeunesse, un symptôme de la mort proche ? Tout n’est donc que somatisation ? Le corps exprime son malaise et ferait mieux de passer sur le divan plutôt que sur le billard ou le corbillard.
Les représentants du peuple l’ont sans doute compris, qui quittent maintenant le champ du rationnel pour se placer uniquement dans celui de l’émotionnel impur et obscur. Ils donnent le signal, que l’âge de raison, la fameuse période de latence, en a fini de jouer avec les règles de base, qu’il est temps d’entrer dans les émois et moi et moi. Les chinois ne sont plus des millions mais des milliards, Paris s’éveille chaque jour mais n’oublie pas de s’endormir chaque soir. Dutronc nous a laissé son cactus et un truc pour charmer les filles.
La Belgique de papa a vécu. Vive le mouchoir qui lui tient de territoire. Il est souvent de tissu blanc. Adieu le noir, jaune et rouge. Parfois, il est de papier, sitôt pris, sitôt jeté. Le gris l’emporte alors. La Belgique peut encore devenir celle du fils à papa, du fils prodige, de la fille aux allumettes, des filles de joie, des rejetons sans morale, avec ou sans héritage. Ce qui est certain, c’est que viendra à nouveau le temps où elle belgiquera sur des airs à mille deux cent trente et un temps.
23:36 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note







Commentaires
La Begique ....raconté par un belge il n'y a rien de mieux ;-)
super!!! (..enfin aussi un peu assombri par les guerre mais c'est l'histoir ça =P )
Ecrit par : sandrine | 18.07.2009
C'est toujours un plaisir de te lire, quel talent!
Ecrit par : Daniel | 19.07.2009
Bravo! superbement écrit, on sent le génie littéraire. J'adore!
Ecrit par : Lou | 20.07.2009
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