30.06.2009
Sons polissons…_____Par HIPPOCAMPE
Je vous parle d’un temps que les moins de mille ans ne peuvent pas connaître.
Je vous parle d’un temps où la valse à mille temps dort encore sur les portées muettes, un temps où la route des quat’chansons est, pour le chanteur, toujours cachée au fond du giron, dans le sommeil de ses notes et de ses sons.
Sur Terre, en ce temps-là, règnent seigneurs et rois et quelques sujets qui, ma foi, tentent de vivre tranquilles et cois. C’est l’ère des bels et des sons et le vent n’est pas le dernier à pousser la chanson. Tantôt il pâme les dames, peuple ainsi les maisons, tantôt il effraye les âmes et réveille les poupons… bruits et sons retentissent sans foi, ni loi et répandent partout cauchemars, chaos et émois.
Et ainsi, entend-on gémir les feuillus, rigoler les rus, tirebouchonner les triolets aigus des oisillons menus. Dans un désordre anarchique que seuls, parfois, calment les soirs sans lune, se déchaînent les éléments créant bien des tourments.
Imaginez donc, quand les oreilles, tout pavillon dehors, perçoivent en même temps les cris des boniments, le hurlement des vents et des oiseaux les piaillements… plus rien n’a de sens, plus personne ne se comprend, tout devient énervant. Ainsi peut débuter un grand chambardement.
Les habitants prennent en grippe les sons incongrus. Ils réclament de l’ordre au nom du sommeil sans cesse interrompu.
Seigneurs et rois réunissent leurs sujets, et chacun y va de son couplet pour trouver solution à telle situation. Pour museler les sons intempestifs et moduler les rétifs, certains viennent, tenant dans la main, un instrument à corde, à vent et à bien d’autres encore.. Et d’essayer d’accorder les violons, de museler les vociférations … Pensez donc que les percussions ne seront pas en reste et d’autres de battre tambours avec ou contre trompette. Beaucoup sautent du coq à l’âne et se retrouvent dans la fosse au lion sans trop savoir qui, dimanche, mangera le cochon.
Cruel temps où moult méninges sont creusées, fouillées, triturées… Cruel temps où chacun, gruyère, de cervelle se sent devenir … désespérant de voir une seule, une bonne idée fleurir.
Dans cette contrée si tourmentée, vit une dame aux jambes longues, longues, si longues qu’il lui faut les replier pour apercevoir le bout de ses pieds et qu’en une demie journée, elle passe de la mer au Bayard Rocher. On l’a nommée Dame Lagigue, car en ces temps-là, c’est le nom qu’on donne aux femmes très grandes et une telle particularité donne nom de famille pour la postérité. Jeanne Lagigue, donc, est veuve et élève seule son petit léo. Attentive aux beautés des lieux où elle habite, Jeanne a, très tôt, initié son fils à l’essentiel de la vie sur terre. La mer nourricière, le ciel et sa clémence, les eaux poissonnières, les prairies accueillantes et les forêts magnifiques, voilà de quoi faire vivre heureux et pacifique. L’œil vif et le cœur ardent, Léo est intelligent. Aussi sa maman confie-t-elle son éducation à l’Evêché tout proche parce que c’est ce qu’il se fait de mieux, en ces temps-là. Le petit développe ses dons et ce qui doit arriver arrive : Léo prononce ses vœux et devient curé des lieux. Un bon curé, toujours prêt à rallier toutes les causes afin d’y arranger les choses. De belle nature et de bonne composition, il apporte, aux débats, une sage proposition.
Pour préserver le sommeil des habitants, les animaux, qu’ils soient à poil, à plume ou à peau, au coucher du soleil, devront se taire pour ne se manifester à nouveau qu’au chant du coq, au plus tôt.
Pour les chansons, il propose des portées, des nuances, des partitions et demande qu’on n’oublie pas le « pianissimo » dans l’expression. Il orchestre les lieux, les espaces, met des soupirs, des demi- pauses, il enlève les clés de sol des serrures. De la cymbale aux grandes orgues, il donne à chacun une place de choix afin qu’il ne se sente lésé en aucun cas.
Pour les éléments ? C’est une autre paire de manches ! Qui peut, bien sûr, commander Dame Nature ? Tout juste fait-il vibrer le vent dans de belles voilures… Tout juste sait-il prier le Ciel pour des traitements moins durs…
Mais une Harmonie, il a pu installer qu’en quelques décennies on voit se déplier telle une symphonie qui endort et apaise et empêche les miroirs de se piquer de jalousie.
Je vous parle d’un temps que les moins de mille ans ne peuvent pas connaître, mais c’est ainsi que la contrée, dont je vous parle a gagné Paix et douceur de vivre. Certes, de-ci, de-là un orage, ô rage, vient court-circuiter la belle tranquillité. On voit alors des éclairs zébrer le ciel et on compte les secondes avant le roulement du tonnerre, histoire de voir si la foudre tombera devant ou derrière !
En hommage à l’Abbé, Qui a quand même si bien œuvré, on a donné son nom à la contrée. Vous savez qu’avec le temps et au fil capricieux des générations, la langue chahute les mots qui, prenant âge, évoluent dans le langage. Ainsi, « l’Abbé Lagigue » est –il devenu, avec l’usage : « la Belgique ».







Commentaires
En voilà une histoire bien tournée, qui sonne juste et bien !
Quelle belle gigue !
Jo.
Ecrit par : Jo Hubert | 06.07.2009
Simplement bravo à celle qui a écrit cette belle histoire sur la "belle gigue"...
Ecrit par : Ed. | 07.07.2009
Bravo ! J'ai bien aimé, très bien même ! C'est vivant, plaisant à lire, original...tout y est !
On en redemande !
Jacqueline
Ecrit par : Jacqueline Libotte | 08.07.2009
Félicitation à toi Marianne!!
Ton histoire est formidable, elle me plait beaucoups!!
Voilà, je vote pour toi, tu le mérite amplement!!
Ecrit par : Achouna | 09.07.2009
Lu et apprécié, très sympa, Marianne!
Ecrit par : Patricia | 12.07.2009
Wouah Marianne, je te savais artiste de mots mais c'est superbe!
Ecrit par : Christiane | 10.08.2009
Marianne,
Comme à l'accoutumée, tu nous émerveilles par ta magie des mots. Quel don ! T'entendre est un ravissement pour nos oreilles et nos neurones ! Que tes dieux préférés te soient favorables ! Amicalement.
Ecrit par : MARIE | 11.08.2009
Quelle jolie musique que tous ces mots, un moment d'enchantement dans ma journée, merci
Ecrit par : Chantal | 12.08.2009
wouah petite belle soeur,je te trouve géniale
je te souhaite beaucoup de succés
car tu es une artiste et tu mérites le succés
Ecrit par : christine | 12.08.2009
wouah petite belle soeur,je te trouve géniale
je te souhaite beaucoup de succés
car tu es une artiste et tu mérites le succés
Ecrit par : christine | 12.08.2009
C'est un réel bonheur de te lire, merci de nous partager ton talent, bravo!
Ecrit par : Anouk | 01.09.2009
J'ai beaucoup apprécié. Bonne continuation pour la suite.
Ecrit par : kelessidis georges | 02.09.2009
bravo ma tante Marianne et j espère que tu en feras encore d'aussi jolis et que tu me les raconteras.Gros bisous baptiste et la famille
Ecrit par : baptiste | 02.09.2009
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