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30.06.2009

Rouge_____Par Princesse Mahi

Depuis que le soleil ne décrochait plus d’un ciel sans nuages et que le mercure était bloqué sur 43, la plaine se taisait comme pour reprendre son souffle.

Lochristi en avait assez de guetter la pluie. Il avait donc échappé à la vigilance de sa mère et était parti jouer. A force de courir après son ombre, il s’était éloigné de son village et avait atterri à un endroit, où la plaine devenait plateau, et où les vertes collines de jadis, redevenaient lentement poussière.

Soudain, Lochristi entendit un bruit. Il s’immobilisa et tendit l’oreille. Le bruit venait de là, derrière cet arbre. Il s’approcha: «Tiens, qu’est-ce que cette horrible corde fait là», se demanda-t-il? En se penchant, il comprit que la corde était en fait la queue d’un vilain chat de gouttière, qui était occupé à torturer d’une grosse patte hirsute, un poussin de quelques jours.


En un instant, le lionceau vit rouge : WAAAAHHH, WAAAAHHH, se mit-il à rugir. L’autre se retourna surpris, et prit de panique voulut s’enfuir. Lochristi le retint par la queue.

-          Que fais-tu à cet animal?

Le matou écarquillait les yeux. Sa lèvre tremblait. Il finit par répondre d’une voix incertaine:

-          Je chassais votre honneur.

-          Ne t’a-t-on jamais dit, esclave, qu’il est impoli de jouer avec la nourriture?

L’autre baissa le regard, car la mort le regardait.

-          Que fais-tu sur mon territoire, animal?

-          Votre honneur, malgré votre respect, je ne suis pas sur votre territoire, commença à bafouiller l’autre.

-          Que veux-tu dire impertinent, tu n’es pas sur mon territoire?, continua Lochristi dans un rugissement, imitant ainsi la voix autoritaire de son père.

L’autre finit par articuler: 

-          Mais, souverain, ce n’est pas votre territoire, mais celui des... Il fit un mouvement de tête vers le poussin d’un air entendu, espérant que le rappel de leur nature commune de carnassier lui assurerait plus de clémence. Lochristi s’irrita de cette connivence déplacée, mais de surprise, le lâcha. «Comment ça, pas mon territoire?» Il lui parut tout à fait illogique que quoi que ce soit puisse «ne pas être son territoire».

A cet instant, il aperçut le poussin qui essayait de se relever ;

-          Et toi, esclave, pourrais-tu me dire à qui appartient ce royaume?

-          Je ne suis pas un esclave, je suis Dinant, le fils du roi Namur, qui dirige ce vaste empire, allant de l’Yser à la forêt des mille promesses. Et toi, qui es-tu?

-          Je suis le fils de Izegem, le roi lion, dont le royaume s’étend de la mer de chez nous jusqu’au fin fond des prairies du bout du monde.

Le lionceau en disant ces paroles, bomba le torse ce qui lui donna un air ridicule. En voyant l’attitude de son sauveur, le poussin se mit à piailler d’un rire que ne pouvait inspirer que le soleil. Lochristi commença à rire lui aussi, à rire comme il n’avait plus ri depuis que l’on ne parlait dans le royaume que de famine et de sécheresse.

-          Allez, viens on va s’entraîner à voler, dit Dinant.

-          Voler?, interrogea Lochristi, mais c’est très mal de voler.

-          Mais non bêta, dit Dinant, voler dans les airs.

-          Mais, enfin, c’est la sécheresse, on meurt de faim et toi, tu penses à jouer, esclave, dit-il en élevant la voix.

Dinant ricanait de plus belle: 

-          Allez, aide moi à monter sur cette branche et tu verras bien, dit-il.

Bougon et ne sachant plus quoi répondre, Lochristi présenta docilement son dos.

-          Allez, à toi maintenant, s’écria le poussin.

Lochristi se tenait malhabile sur la branche. Bientôt, il s’élança de son air sérieux, battit le vide de ses pattes, avant d’aller s’écraser quelques mètres plus loin.

Dinant repartit de sa mélodie rieuse. Ah, hi, hi, que c’était, hihi drôle. Entre deux rires, il parvint à adoucir la colère qui montait aux babines du jeune dominant en lui glissant à l’oreille, «tu n’as pas d’ailes, hihi mon ami. Mais, tu es puissant.»

Lochristi ravala sa fierté et après quelques minutes, lui aussi riait.

*

Les amis se séparèrent ce jour-là le cœur plein de joie. Sur le chemin du retour, Dinant tentait de bondir, de sauter, de rugir, de bomber son torse de poulet, comme s’il avait été un guépard de 150 kg.

Lochristi essayait de siffler, de piailler en imitant la douce voix ensoleillée de Dinant. Mais il n’entendait que son timbre d’orage, malgré sa volonté de le colorer à la couleur du soleil.

Mais, il….Dinant et Lochristi élevèrent leur regard au même moment vers le ciel d’où tombaient les premières gouttes de l’averse.

*

Le lendemain, le surlendemain et puis le jour après, les deux amis se retrouvèrent. Dinant découvrit la mer avec ses plages et ses mouettes.

Ils parcoururent la forêt des mille promesses, et en découvrirent un millier. La vie promettait tellement plus depuis qu’ils pouvaient parler, chanter, courir, voler, marcher, s’arrêter pour mieux repartir ENSEMBLE.

*

Tous les jours, Lochristi rentrait chez lui et trouvait l’armée dans la cour du palais. Izegem, son père, voulait conquérir le monde. Il ne pourrait dormir sur ses deux oreilles tant qu’il resterait une âme insoumise ou une terre qui n’aie été arrosée de sa royale urine.

Depuis que Lochristi connaissait Dinant, son plan de bataille consistait à colorer le présent de son rire. Il aurait voulu emmener son père dans la forêt, où lever les yeux au ciel était la seule victoire qui vaille. Peut-être comprendrait-il alors, la bêtise de vouloir soumettre des peuples à l’autre bout du monde, alors que le bonheur était là, aussi près que le voisin.

De son côté, Dinant qui passait ses journées à caqueter de ci, de là et à défiler d’un bout à l’autre de la basse-cour, changea progressivement de vie. Un jour Lochristi demanda à son ami :

-          Que feras-tu quand tu seras roi?

Dinant se contentait de bailler :

-          Je ferai comme mon père, je me lèverai tous les matins en entonnant une bonne vieille chanson, ensuite je demanderai à mes servants de me trouver des graines, je mangerai avant d’aller m’amuser avec toi.

-          Mais, tu ne travailleras pas? Comment comptes-tu organiser ton empire ?

-          Que veux-tu dire par là, répondit le jeune coq, je viens de te l’expliquer.

Petit à petit, Lochristi convint son ami de mieux organiser son royaume. Ainsi, on installa l’eau courante, planta des arbres autour de la basse-cour, ce qui servit de muraille contre les prédateurs.

*

-          Je voudrais que tous les lions aillent noyer un peu de leur égo dans la terre friable de vos forêts, apprennent l’humilité dans les engrais de vos chants.

-          Je voudrais que mon père apprenne à voir au-delà des limites de la basse-cour. Depuis que je te connais, je veux voir ce qu’il se cache au-delà de l’horizon.

-          Il faudrait que ce royaume devienne un, ainsi, tous pourraient apprendre à aimer la mer, autant que la forêt.

-          Mais, comment pourrions-nous arriver à ce que nos deux territoires s’unissent, demanda Lochristi?

-          On pourrait marier nos enfants, dit Dinant, plus sérieux qu’à son habitude. 

 

***

 

Dans tout le royaume, on n’avait jamais vu une crinière si blonde, comme si la nature avait voulu entourer son visage d’un peu d’or. Tout naturellement, on l’appela «Belle». Mais, malgré les efforts de son père, Belle demeurait triste, comme si dieu l’avait faite amère pour la punir d’être si belle.

Lui, était l’enfant le plus laid qu’on ait porté sur cette terre. Adolescent, il avait à peine une plume pour étoffer son arrière train et le pauvre n’avait pas de voix. On l’appela donc GIC (Grand invalide civil).

Gic était maigrichon, avait sans cesse une affreuse chair de poule, qui ressemblait à une mauvaise acné. Son ramage se rapportait à son plumage- ridicule et terne- on aurait dit qu’il avait été forgé dans un soir de brume. Enfin, des côtes saillantes rappelaient qu’il ferait un mauvais repas, alors que sa crête flasque évoquait un vieux chewing-gum. Cependant, Gic était adoré de tous, car il riait comme son père l’avait fait jadis.

Ce soir là, elle était d’humeur noire.

-          Protéger hihi la couche d’eau jaune, disait-il lorsqu’au sortir des toilettes, il couvrait ses besoins d’un peu de foin.

Avec lui, elle retrouva le sourire en une soirée. A l’instant où le soleil se fondit à l’horizon, Belle et Gic s’unirent en ses vapeurs rouges, tels les deux pôles d’une nation à jamais complémentaires.

Ainsi, fut-elle nommée Belgique, cette terre où les lions se réveillaient avec le chant des coqs et où les coqs dormaient la sieste alors que les lions rôdaient. Dinant et Lochristi vécurent dans un pays qui désormais était le leur. Lorsqu’ils moururent, c’est tout naturellement qu’on jeta leur deux corps côte à côte dans la mer du Nord.

Pendant des générations, la Belgique connut le miel. Des communautés de goélands, de pingouins, de tortues arrivèrent par centaines sur les côtes, sans que les lions n’aient pour ça dû planifier de guerres sanglantes. Ils avaient entendu parler d’un eldorado où deux ennemis naturels avaient appris à coloniser leur peur pour la transformer en amitié. Les années passèrent ainsi, sans que jamais on s’arrête pour les compter.

Jusqu’au jour où la Belgique moderne vit ses rues, les murs de ses maisons, ses forêts même, se couvrir de miroirs. Les coqs et les lions parcouraient côte à côte les miroirs du monde moderne, sans plus vraiment se regarder.

*

Puis, un jour quelqu’un dit: Tu as vu leurs dents. Elles sont pointues comme des ciseaux, ils pourraient sans difficulté nous en trouer la peau et s’en faire un manteau. Restons de notre côté de la rivière et attendons l’hiver, alors si les temps sont meilleurs, nous retournerons à la mer.»

«Tu as vu, disait un lion, ils marchent sur des baguettes. Puis, regarde leur crâne d’œuf, je m’en ferais bien une omelette. Franchement, avec leur dioxine qu’ils restent dans leurs collines, retournons dans la plaine où les animaux ont des pattes et pas des allumettes.»

«Regarde, nous sommes si beaux et regarde ces macaques. Ils ne font que picorer et déféquer du matin au soir. Ils pataugent dans leur merde, qu’ils y restent, nous, on est fait pour la gloire.»

«Ah regarde-les avec leurs attitudes, ils se croient supérieurs. Qu’ils retournent pavaner dans leur savane ou qu’ils aillent manger des bananes avec les chimpanzés. Qu’ils fassent les importants s’ils le veulent. Nous, on retourne de notre côté et on les laisse entre eux, ces minous grande gueule.»

A partir de ce jour-là, la Belgique cessa d’être belle. A l’automne, les goélands reprirent leur envol, les pingouins repartirent pour la banquise, les truites partirent à la découverte de l’Amérique, et même les loups rejoignirent les Pire-aînées où ils affirmèrent à tous qu’il y’avait pire, bien pire et que, à ce sujet, il ne s’agissait pas d’âge, mais bien de méchanceté.

*

Un lion avait arraché la tête d’un poulet. Les coqs ruminaient: «quelle cruauté avec leurs grosses pattes, on va les leur couper.»

Les coqs virent rouge et attaquèrent un bébé lion et, de leurs ongles, lui coupèrent les pattes. Elles furent ramenées et brûlées. Tous étaient contents, on l’avait vengé notre petit.

Le sang des lions ne fit qu’un tour: «quoi? Arracher les pattes à un bébé, mais ce ne sont pas que des débiles, ce sont des psychopathes. Il faut en finir une fois pour toute avec cette race.»

Les lions partirent de nuit et saccagèrent tellement Liège, Namur, Dinant que, avant de rejoindre le firmament des villes anéanties, elles perdirent la raison: leurs maisons étaient en flamme, et le soleil n’éclaira la ville que pour la voir mourir.

A 6H, le vent se mit à souffler et les flammes surprirent les lions au saut du lit. Ils récoltèrent la tempête qu’ils avaient semée. A l’aube, Gent, Lochristi, Izegem brûlaient à petit feu.

Les lions et les coqs partagèrent la mort atroce qui est toujours l’enfant biologique de la haine. Le feu ravagea la forêt des mille promesses, les beaux trottoirs, les maisons et vint finalement se jeter dans la mer, comme pour retrouver là où avaient fini les corps de Dinant et Lochristi ensemble, un peu d’amour avant de mourir à son tour.

Depuis, un soleil rouge a envahi le ciel et jaunit progressivement ce qui n’a pas encore été drapé de noir par la bêtise des hommes.

Commentaires

Super cette petite histoire, en te lisant je te retrouve et pense à nos moments d'autrefois...

Continue de briller comme ça ;o)

Bisous,
Séverine

Ecrit par : Séverine | 01.07.2009

Salut Mahité, j'ai lu en vitesse l'histoire et franchement c'est bien écrit :-) Continue! ;-)

Ecrit par : Maria | 02.07.2009

Bravo Princesse! Elle est très belle ton histoire!

Ecrit par : Katia | 02.07.2009

Salut Mahité. ça fait un bail !!
Chouette histoire même si la fin est un peu violente, tu ne trouves pas ? Mais c'est très bien écrit, félicitations!

Ecrit par : Damien V. | 02.07.2009

Hello poulette,

Ca fait un bail ...
Me fait plaisir d'avoir de tes nouvelles surtout sous cette forme là.

Très très chouette histoire. Elle se tient bien et est très bien écrite. Bravo
Bisous Flo

Ecrit par : Flo | 04.07.2009

Bravo Mahité!
Quelle imagination et quelle belle écriture...
Je te félicite et j'espère que tu gagnera!
Bisous Minou

Ecrit par : minou | 23.07.2009

J'espère que tu gagneraS (avec S c'est mieux non?) Minou

Ecrit par : minou | 23.07.2009

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