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22.06.2009

Elle n’était plus, une fois…_____Par Mary Poppins

Tout excité qu’il était, Arthur ! Faut dire qu’il y avait de quoi : demain, pour son anniversaire, ses parents avaient promis de l’emmener  sur le territoire mystérieux !

En fait, il s’agissait d’une étendue de terre, de forme à peu près triangulaire, pas très grande, entre son pays, et les 3 pays voisins.

Une zone sur laquelle il n’y avait rien. De la végétation, du sable… mais pas de maison, ni de route. Rien. Enfin, si… au centre de la zone, se trouvait une construction bizarre, en métal, avec de grosses boules reliées entre elles par des tubes. On en ignorait la signification.


Le relief de ce territoire était assez plat. Il avait cependant une caractéristique particulière, que là non plus, personne ne comprenait : une sorte de fossé courait d’un bout à l’autre, selon un axe est-ouest. Ce n’était pas le tracé d’une rivière, puisqu’il n’allait ni jusqu’à la mer, ni jusqu’à un cours d’eau… Il ne pouvait pas avoir été tracé par l’homme, tant il était tortueux et erratique (ça, Arthur ne savait pas ce que ça voulait dire… mais on lui avait expliqué que le fossé faisait des zigzags tellement étranges qu’il aurait fallu être drôlement tordu pour créer une séparation pareille) !

 

A part ça, la zone était déserte. Personne ne s’y installait, car il y avait une légende qui disait qu’avant, un pays se trouvait là, et qu’il avait disparu…

Depuis longtemps, Arthur rêvait de connaître l’histoire de cet endroit, et surtout d’y aller. Demain, ce serait chose faite…

 

La journée était belle et ensoleillée. Arthur et ses parents étaient installés sur l’herbe, entre quelques arbres, près de la construction à boules. Connaissant l’impatience de son fiston, papa avait commencé l’histoire…

« - Alors voilà, on raconte qu’il y a bien longtemps, ici et puis tout autour, il y avait un pays, et des gens qui vivaient.

Des vrais gens, hein, comme nous, avec une tête, deux bras, deux jambes.

Enfin, presque comme nous, parce qu’ils étaient arrivés sur Terre d’une façon étrange…

- Ah bon ? (Arthur écarquillait déjà les yeux, impatient !)

- Eh oui ! Au départ, cette zone était utilisée par les hollandais. Ils y cultivaient des oranges.

- Des oranges ? Il devait faire chaud alors à l’époque ?

- Sûrement. En tout cas, un jour où il faisait très beau, le ciel était bleu et tout… des petits nuages sont apparus subitement dans le ciel. Et puis, un genre de rocher est descendu du ciel, et s’est posé doucement sur la terre, dans cette zone aujourd’hui abandonnée

- Tu sais, Arthur, ajoute maman, un peu comme dans ces tableaux que tu aimais tellement au musée, on raconte que c’étaient les mêmes nuages en plus !

- Ah oui, les surraléistes ?

- Non, les surréalistes !

- Bon, je peux continuer l’histoire ? reprend papa

Donc, un immense rocher s’est posé sur le sol. Et là, les gens qui cultivaient les oranges se sont aperçu qu’il y avait des maisons sur le rocher, et surtout, des habitants !

Au départ, ils étaient tous muets ! La surprise de débarquer comme cela, peut-être…

Puis, ils se sont mis à parler ! Et là, c’était étonnant, car ils n’ont pas tous commencé à parler la même langue ! Certains parlaient un langage ressemblant plus ou moins (selon les cas) à la langue des hollandais, quelques-uns (mais pas beaucoup), à celle de l’autre voisin, l’Allemagne, d’autres enfin, à la nôtre.

- Oh ! Ils parlaient comme nous ?

- Oui ! Enfin, ils avaient des mots à eux, mais dans l’ensemble, certains parlaient comme nous !

Ils ont déclaré être des belges, et ont dit que leur petit pays s’appelait la Belgique. Les autres disaient ‘België’, ça ressemblait pas mal comme mot finalement, donc tout le monde a accepté ce nouveau pays.

- Et alors ?

- Alors, ils se sont intégrés à notre monde. Ils ont continué à développer leur pays, certains ont creusé dans le sol, d’autres ont construit des routes, puis des ponts (il parait qu’il y en avait même où on n’en avait pas besoin, tu imagines !), et des voitures aussi.

- Ca existait déjà?

- Bien sûr, mais pas comme les nôtres, elles polluaient beaucoup plus, elles envoyaient plein de gaz dans l’air.

- Quelle horreur ! Et ils sont restés entre eux, ces belges ?

- Non, pas du tout ! Ils se sont ouverts aux autres, à leurs voisins, ont accueilli des gens de différentes nationalités, d’abord pour les aider, et on raconte que ça se passait pas mal ! Leur capitale, qui se trouvait d’ailleurs justement où nous sommes aujourd’hui, était très multiculturelle, c’était même la capitale de l’Europe…

- L’Europe ? C’est quoi ça ?

- Alors, ça, Arthur, je t’expliquerai une autre fois.

(devant l’air déçu d’Arthur, papa tente quand même quelques mots d’explications) : Bon, en résumé, hein, c’étaient des pays qui s’étaient réunis pour certaines décisions, tu vois… L’ancêtre de la façon dont on s’organise maintenant pour vivre en harmonie et avoir à peu près les mêmes règlements partout, sauf que ça marchait moins bien à l’époque et que y’avait moins de pays qui se mettaient d’accord.

Bref !

- Donc ils vivaient en harmonie à l’époque ?

- Non, pas tout à fait quand même. C’était pas toujours facile, surtout que, tu te souviens, je t’ai dit que tous ne parlaient pas la même langue ! Donc, parfois, ils ne se comprenaient pas bien, forcément !

- Pourquoi ? Ils ne comprenaient pas la langue des autres ?

- Pas toujours non, tout le monde ne peut pas apprendre plein de langues comme toi Arthur, tu sais ! Et puis certains n’avaient pas envie d’apprendre la langue des autres, parce qu’ils ne se rencontraient pas souvent, donc ils n’en voyaient pas l’utilité…

- C’est dommage quand même !

- Oh, ça ne fonctionnait pas si mal que ça, tu sais! On raconte que quand ils n’étaient pas d’accord, leurs dirigeants avaient inventé une formule magique…

- Une formule magique ?

- Ah ben oui, quand même, ils étaient un peu magiciens ces belges, n’oublie pas qu’ils tombaient du ciel comme ça, ils avaient des pouvoirs ! Donc, leur formule magique, ça s’appelait un ‘compromis à la belge’.

- Un con… promis à la belge ?

- Non, sourit papa, un compromis, en un mot ! Ca veut dire qu’ils trouvaient une solution avec laquelle tout le monde était plus ou moins d’accord. Personne n’obtenait complètement ce qu’il souhaitait au départ, mais personne ne perdait trop non plus !

- Génial ! Mais alors, pourquoi ils ont disparu ?

- La légende raconte qu’un jour, un sorcier a surgi en Belgique. Il se serait nourri de frustrations anciennes, tu sais, de gens qui n’étaient pas trop contents, qui s’étaient sentis méprisés dans le passé et avaient ravalé leur haine… A cause de ça, un jour, hop ! Un sorcier est apparu. Il s’appelait Sépard Atisme, mais son petit nom, c’était ‘Split’.

- Comme le banana split ?

- Pas vraiment, non ! Il n’aimait qu’une chose, c’était que les gens se disputent. Pour commencer, quand il est arrivé en Belgique, les gens ne se sont pas méfiés. Faut dire qu’il ne faisait pas trop de bruit, ce sorcier. Puis, on a commencé à entendre parler de lui. Comme il voulait séparer les belges qui ne parlaient pas la même langue, il a un jour frappé très fort le sol avec son bâton magique, et le sol s’est creusé, pour former le fossé que tu as vu tout à l’heure. On raconte que ça s’appelait une ‘frontière linguistique’. Bien sûr, il a pris soin de la tracer pour qu’il reste des villes dans lesquelles les gens parlaient majoritairement une langue, du mauvais côté de la frontière, celui de l’autre langue. Il savait que ça créerait des problèmes.

Et ça a marché. Il a commencé à être vénéré par de plus en plus de gens. Certains brûlaient même des drapeaux, pour lui redonner de la force. A un moment, il est devenu tellement puissant, qu’il parvenait à contrôler les éléments : dès que quelqu’un parlait ‘l’autre langue’, pas celle en vigueur de ce côté-là de la frontière linguistique, il était foudroyé sur place !

- Mais papa, les belges n’ont pas essayé de combattre le sorcier ? Ils n’étaient quand même pas tous d’accord avec lui ?

- Non bien sûr ! Mais c’était difficile tu sais, et ils ne savaient pas comment le combattre.

- Et alors ? Le sorcier a fait disparaître le pays ?

- Non, heureusement ! Un jour, un enfant qui vivait dans le sud du pays a entendu un groupe secret de résistance au sorcier parler de son plan pour le combattre : tout faire pour que l’atmosphère de la Terre se réchauffe très, très vite, comme ça la glace allait fondre aux Pôles, la mer allait monter, et le pays allait se retrouver, au moins en partie, sous eau ! Ca éliminerait une partie de la population, toute celle qui parlait l’autre langue !

L’enfant, quand il a entendu ça, a été terrifié, parce que c’était toute la Terre qui risquait d’être déréglée à cause de ça ! Il est allé voir un vieux sage qui résidait dans un grand palais dans la capitale, et lui a demandé conseil. Le sage était aussi un peu magicien… Quand le pays avait atterri sur cette planète, c’était grâce à un groupe de magiciens, et ils avaient prévu une solution de secours, au cas où l’expérience ne fonctionnerait pas !

Le sage connaissait leur secret, mais il devait attendre que trois enfants viennent jusqu’à lui pour le dévoiler.

Le premier enfant a donc attendu avec lui. Pas très longtemps. Dès le lendemain, une petite fille frappait à la porte du palais. Elle venait du nord, et elle aussi avait peur des disciples du sorcier Split. Elle voulait faire quelque chose. Elle était suivie de peu par un troisième enfant. Lui venait de la capitale, même si sa famille venait de beaucoup plus loin. Il aimait ce pays et ne voulait pas non plus que Split le fasse exploser.

Le sage les a réuni, et leur a confié son secret… Les enfants sont repartis chacun de leur côté, pour se retrouver le lendemain au sommet de la construction bizarre, avec les boules, près de laquelle nous sommes.

- Et alors, qu’est-ce que le sage leur avait dit ? demande Arthur, de plus en plus impatient…

- Le garçon du sud avait amené de quoi allumer un feu, car il y avait eu des mines, dans sa région, donc du charbon. La fille du nord, des pommes de terre, car ils en cultivaient beaucoup. Le garçon de la capitale enfin, avait amené de l’huile. Ensemble, ils ont fait chauffer l’huile et y ont plongé des bâtonnets de pommes de terre, puis ils se sont donné la main et ont dit, chacun très fort et dans sa langue d’origine : « L’union fait la force ».

Alors, le sol s’est mis à trembler très fort, le pays s’est soulevé doucement, et est reparti dans les nuages, comme il était venu, en désintégrant au passage le sorcier Split, car il ne supportait pas la vie en altitude !

- Quoi ? Papa, tu te moques de moi ? Leur truc magique, c’était de faire des frites ? C’est pas très classe, ça, comme tour de magie ! En fait, c’est pas vrai ton histoire ?

- Je ne sais pas, fiston. Moi j’ai envie de croire que si ce n’est pas vrai, ce n’est pas faux non plus !

Et même si tu trouves que des frites magiques, c’est ridicule, dis-toi que c’était aussi un peu le but des magiciens qui avaient inventé ce secret. Leur grande valeur, c’était le surréalisme, tu sais, l’absurde aussi. Ils aimaient rire, y compris d’eux-mêmes, alors ensorceler une spécialité nationale pour lui donner un pouvoir magique, c’était sûrement leur genre. Puis ce n’était pas très conventionnel, un peu provocateur par rapport aux baguettes magiques et aux potions classiques, et ça aussi c’était bien leur genre ! »

Papa avait le regard rêveur, dans le vague, maman aussi… Il poursuivit :

« - D’ailleurs, on raconte que la Belgique vole toujours quelque part dans les airs, et qu’il suffirait d’un acte un peu irrévérencieux, un peu moqueur, pour qu’elle revienne, pour qu’elle soit, à nouveau…

Arthur ? Arthur, où es-tu passé ? »

Arthur, pendant que ses parents rêvaient à un retour du surréalisme, avait filé discrètement derrière un arbre. Il ne pouvait plus se retenir, il devait faire pipi !

Et là, pendant qu’il se soulageait derrière un tronc large, il eut l’impression de sentir l’air vibrer au-dessus de lui…

Et si… ?

Commentaires

J'adore !....
Tout y est : surréalisme et compromis ( bien Belges ! )
De l'histoire avec de beaux "clins d'oeil"...
De la culture: réf. à Magritte quand même !
Et l'idée que chaque enfant apporte quelque chose de propre à l'endroit d'où il vient !
C'est un joli conte ; le vilain sorcier contré par les frites magiques... faut le faire.
BRAVO !

Ecrit par : S. Tomasella | 07.07.2009

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